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Claudel Legros: « Des dirigeants parachutés dans les affaires du football, c’est le drame de notre sport-roi»

13 février 2018 - 09:25

Voici un article publié en mars 1985 qui nous montre qui était notre personnage de Claudel LEGROS...

 

Grand-père, marié, trois enfants, à cinquante ans, Claudel Legros, acteur, premier secrétaire à l’ambassade d’Haïti à Paris, est un homme heureux. Un bonheur doublé d’une fierté légitime, c’est l’impression du moins qu’il a laissée après son entretien avec Raphaël Féquière, récemment rentré de France, après huit semaines de stage dans les rédactions du service des Sports de l’Agence France Presse, de l’ «Équipe» et de Radio France Internationale. L’ex-directeur sportif et préparateur physique de l’équipe nationale lors de la Coupe du monde de 1974 s’intéresse encore au sport national qu’il «porte toujours dans son cœur» par-delà les divergences et les mesquineries qui ont marqué son passage à la direction technique haïtienne. L’interview accordée au « Nouvelliste» a permis de redécouvrir la personnalité de l’homme qui a refusé catégoriquement la présence d’un Brésilien sur le banc de touche national en 1973 et de faire le point sur le choix des moyens susceptibles de relancer la machine sportive.

Claude Legros Quelles sont les chances à saisir pour revigorer le football haïtien à l’heure actuelle ?

Nous avons une population sportive très jeune à laquelle il manque de l’encadrement. J’ai toujours essayé de combler ce vide en proposant beaucoup de choses quand j’étais dans les affaires du football haïtien. Malheureusement, les dirigeants d’alors n’ont jamais pu comprendre ce que je voulais obtenir. Mais il faut leur faire quand même ce crédit qu’ils n’avaient peut-être pas les possibilités financières. Cependant, en matière de sport, tout est question de volonté et de sacrifice de soi-même et celui de ceux que l’on a eu l’occasion ou l’honneur de diriger.

Inventaire et dialogue

Je pense que le ministère des Sports devrait faire un vaste inventaire des problèmes du sport haïtien et engager ensuite le dialogue avec les dirigeants et les responsables pour tenter de trouver une solution. Je crois que c’est la meilleure chose quand quelqu’un est qualifié pour diriger un ministère.

Sur le plan pratique, qu’est-ce que vous proposez ?

Avec la montée du dollar, tous les pays ont des problèmes, notamment ceux du Quart-Monde. Néanmoins, on peut toujours trouver des moyens financiers pour soutenir le sport. Il y a ce qu’on appelle des recettes de poche et comme l’Haïtien est un passionné de sport, nul doute qu’il pourra alimenter ces recettes en acceptant de payer une taxe de cinq ou de dix centimes sur le rhum ou la cigarette au profit du développement du sport. J’avais émis cette idée, mais les choses ont mal tourné.

Il y a eu donc une tentative ?

Oui … mais l’argent s’est volatilisé.

Justement, comment gérer cette taxe pour qu’elle soit rentable pour le sport national ?

Il faut des hommes sérieux, compétents qui ont l’expérience des finances et la création d’une commission devant s’en occuper. Celle-ci aurait des comptes à rendre au ministère des Sports.

Une taxe sportive bien gérée, vous souhaitez que ce soit possible et que faire avec cet argent ?

La priorité, évidemment c’est l’encadrement. Sans ce dernier, plus d’athlètes valables dans le secteur sport. Ensuite, l’infrastructure. Prenons par exemple le football. Cela aurait la vertu de stimuler davantage les jeunes avides de s’exprimer et qui ne disposent plus d’endroits (galeries, terrains vides et rues comme autrefois) pour s’exhiber. Quant au stade Sylvio Cator, il est complètement dépassé. Trop exigu et situé dans un quartier sans parking, il défavorise le déplacement d’une partie de sa clientèle potentielle. Il faudrait selon moi un stade olympique, comme j’en ai vu pas mal dans les pays du tiers-monde, comme en Algérie, un stade omnisports dont la construction serait confiée à une compagnie expérimentée dans ce domaine.

J’avais déjà posé le problème avec Gérard Raoul Rouzier, ministre des Sports le plus qualifié, je crois, de tous ceux qui lui ont succédé. Malheureusement, les choses n’ont pas suivi. Si Rouzier était le plus compétent, il nous a déçus et c’est dommage…

« Une vie sportive bien remplie »

Vivant depuis vingt ans en France, Claudel Legros descend chaque année à Bordeaux (dans le Sud de la France) où il a milité comme entraîneur, pour remettre à une équipe minime de la région, le challenge qui porte son nom. Après Emmanuel Sanon et Wilner Nazaire qui reviennent de loin dans la mémoire des Parisiens, à moins d’évoquer avec eux la Coupe du monde de 74 et Valenciennes, Legros demeure le personnage haïtien le plus connu en France.

Diplôme de l’I.N.S. (Institut national des Sports de Bordeaux), Legros détient le record de 15 sélections en équipe nationale, fut entraîneur et capitaine pendant cinq années à Angoulème. L’ex-consul d’Haïti à Bordeaux a joué son dernier match de sélection à plus de 40 ans (un autre record). Après s’être occupé des jeunes Bordelais, il deviendra le premier entraîneur haïtien à militer en France, en prenant la direction du club Versailles dans la banlieue parisienne.

Entre ses débuts (à l’âge de 10 ans) au Victory entraîné par Franck Civil qui lui a appris l’ABC du football et son passage dans la division d’honneur française, Claudel Legros reste pendant longtemps le grand ami du français Paul Baron ex-entraîneur d’Haïti qui lui donna sa chance en sélection à l’âge de 17 ans. Voilà la carte de visite de l’homme qui passe pour le joueur haïtien évoluant tour à tour dans presque tous les clubs haïtiens, à l’occasion des tournois internationaux. Son amitié avec Michel Hidalgo et Georges Boulogne ne date pas d’hier. Voilà pourquoi, peut-être, son nom résonne si fort dans les milieux du football français.

« Les parachutés en question »

« C’est le résultat d’une vie menée dans la sérénité, le sérieux et la discipline, a-t-il confié. Dans la vie, il faut savoir s’imposer, savoir faire un choix. Ce choix, je l’ai fait et je l’ai assumé. Personne au monde ne pourra me faire devier de ma ligne de conduite»

Claudel Legros fait partie de ceux qui pensent que le passage de certains dirigeants incompétents à la direction des affaires du football national a causé beaucoup de tort au rayonnement du sport-roi.

« On en a eu l’exemple, lors de notre préparation en Coupe du monde 74. Certains de ces messieurs voyant cette equipe évoluer à un tel niveau, ne pensaient qu’à leurs intérêts particuliers. Ce sont des gens qui ont même été parachutés dans le football et c’est le drame de notre sport. Étant intervenus dans le football avec la ferme conviction de gagner de l’argent, ils s’en sont servis comme tremplin pour viser plus haut sans même penser d'abord à faire quelque chose pour le football».

Patriote à cinq cents pour cent

« Je suis patriote à cinq cent pour cent, j’adore mon pays. Je l’ai démontré en maintes occasions. Je voudrais bien prouver que l’Haïtien est capable de se diriger lui-même. C’est archifaux de croire que les Haïtiens ont toujours besoin d’assistance pour réaliser quelque chose de bien. Dans ces conditions, c’est donner des verges pour se faire fouetter parce qu’on n’arrive pas à s’imposer une discipline propre. Il faut trouver des gens sérieux pour gérer le sport haïtien. Tout est une question de ressources humaines. Et en Haïti, les hommes, on les a peut-être, mais on ne les place pas à l’endroit qu'il le faut. Comme disent les Américains : « The right men in the right place».

Seriez-vous prêt à passer aux actes? C’est-à-dire… si on vous proposait un poste numéro un à la direction technique nationale ou au niveau du ministère des Sports … Monsieur le ministre ou monsieur l’entraîneur ?

Actuellement je vis à Paris. Je remplis la fonction de premier secrétaire à l’ambassade d’Haïti. J’ai toujours été un soldat, répondant présent à tous les appels même au risque de ma vie. Dieu seul sait, tous les risques que j’ai encourus pour cela. Si le président voudrait peut-être revoir la politique sportive du pays, lui qui est mon patron, s’il juge que j’ai assez de connaissances dans le domaine du sport et d’aptitudes pour gérer le football et qu’il fasse appel à moi, je répondrai toujours présent. Je ne dirai pas non parce que je suis Haïtien avant tout, j’aimerais que mon pays aille de l’avant. Je ne dirai jamais non.

À cinquante ans, vous n’avez pas peur de passer comme les autres ?

Cela fait partie peut-être des règles du jeu. En effet, il manque une grande stabilité au niveau de la direction des affaires du sport dans mon pays. Les Haïtiens ne possèdent pas l’esprit de continuité… Il est clair que ceux qui s’occupaient du sport national, je le répète, n’étaient pas à la hauteur. C’est normal qu’on a eu cette crise. On ne met pas les gens à leur place. Moi, je ne mâche jamais mes mots, c’est mon tempérament. Quand j’ai quelque chose à dire, je le fais. Le ministère des Sports a été créé il y a cinq ou six ans. Sans vouloir critiquer les cinq à six ministres qui ont tenu la barre, je ne sais pas qui a été le plus sérieux, le plus courageux, le plus dynamique pour prendre le problème du sport à bras-le-corps. Je n'en vois pas.

Peut-être, chacun est venu avec ses idées, je les respecte. Jusqu’à présent on voit néanmoins que le sport stagne, qu'il n’y a eu aucun progrès malgré l’argent qu’on a dépensé en créant le centre Dadadou et le complexe de Carrefour. On a peut-être mis la charrue avant les bœufs.

- Sans fausse modestie, dites-nous, Claudel Legros, ce que vous avez fait depuis que vous êtes en France pour le football haïtien ?

D’abord, je fais connaître les Haïtiens car jusqu’à présent en France, il n’y a que Nazaire et moi qui avons évolué. Je pense que partout où je suis passé, j’ai laissé de très bon souvenirs, surtout étant haïtien. Notre football n’est pas resté inconnu grâce à moi surtout après la Coupe du monde. J’ai participé à certains matches de sélection. J’en suis très fier. On a beaucoup parlé de moi dans les journaux français. Comme on dit, nul n’est prophète dans son pays. Peut-être qu’on a parlé davantage de moi en France qu’en Haïti. Ce n’est pas grave. L’essentiel, c’est de garder la tête froide, ne pas se prendre trop au sérieux, ce que l’Haïtien a tendance à faire.

Tout ce que je fais, je le fais pour mon pays, pour le football, qui est l’une de mes grandes passions. J’estime avoir apporté beaucoup de choses à la préparation de la sélection nationale de 1973-74 – mon expérience et mon courage. J’ai vécu avec les joueurs comme de très bons copains. J’ai jamais eu la prétention d’être directeur technique ou chef. D’ailleurs j’ai horreur de cela et je n’aime pas ce mot.

- Quelles devraient être selon vous les conséquences heureuses à tirer de la Coupe du monde de 1974 ?

Lors de la Coupe du monde de 74, On avait des projets énormes. On a discuté avec la commission technique composée de Tassy, Vertus, Larue, Yacinthe et moi. Malheureusement, tous les plans qu’on avait ébauchés ensemble sont tombés à l’eau.

Après le match perdu (0-7) contre la Pologne (ce qui nous a fait très mal au cœur, mais cela ne pouvait être considéré comme un déshonneur pour Haïti, compte tenu des conditions), nous avons été accusés d’avoir vendu le drapeau haïtien, d’avoir mal joué… en passant, disons que si je devais vendre le drapeau haïtien, ce n’est pas à la Pologne que je le vendrais.

Il est clair que les dirigeants haïtiens qui étaient à Munich n’étaient pas à la hauteur. Selon le programme qu’on avait élaboré, l’argent provenant des bénéfices de notre participation à la Coupe du monde devait servir à conserver l’ossature de l’équipe nationale. Il s’agirait de remplacer les anciens qui commençaient à prendre de l’âge par des jeunes, au fur et à mesure. Je suis persuadé qu’avec ce plan mené à terme dans les conditions idéales, on serait encore qualifié en 1978. J’ajouterais même qu'on nous avait fait confiance.

Malheureusement, ces messieurs qui étaient avec nous à Munich ne comprenaient rien au football et je le maintiens. Ils y étaient peut-être pour se montrer et y faire du shopping… je ne sais pas. Ce qui m’étonne, c’est qu’on a jamais su ce qu’était devenu l’argent qui revenait à Haïti. C’était une somme assez significative.

Toutes les espérances et tous les projets qu’on avait étaient, comme on dit, jetés aux orties. C’est le drame haïtien, mes compatriotes n’ont pas le sens de la continuité. On nous a laissé tomber sur un quai de la gare. Moi, j’ai dû mon salut dans la mesure où j’avais un peu d’argent pour payer mon billet d’avion et rentrer chez moi à Bordeaux. Joueurs abandonnés. Dirigeants partis de leur côté, emmenant peut-être avec eux le chèque ou l’argent liquide, le bilan est triste.

Entretien réalisé à Paris et publié le 5 mars 1985

Commentaires

Staff
Christophe BROSSARD
Christophe BROSSARD 18 février 2018 07:24

Vous nous avez formidablement reçu lors de notre venue en Mars 2017 pour un match amical. Nous tenons à s'associer à votre immense tristesse suite à cette disparition. Bon courage à vous tous. Christophe Brossard France Sapeurs-pompiers.

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